Mali, L’Entrepreneuriat des jeunes peine à trouver son essor

Ces dernières années au Mali, nous constatons un engouement des jeunes pour entrepreneuriat. Remplis d’espoir, nous comptabilisons l’éclosion de nombreuses startups et incubateurs, confirmant ainsi l’idée selon laquelle l’entrepreneuriat est un facteur de création de richesses, de solutions aux défis liés au développement.  Mais entreprendre s’avère être un parcours du combattant pour ceux qui osent s’aventurer, car ils se butent à moult écueils culturels et politiques en dépit des grandes opportunités et richesses du pays. Un pays  dont les ressources mirobolantes contrastent avec un taux de chômage de 21,5 % en 2016  et un taux de pauvreté qui s’élevait en 2017 à 44,9%.

Les pesanteurs socioculturelles

Il y a cette construction mentale héritée de la colonisation, qui consiste à n’accorder de valeur qu’ au travail de fonctionnaire dans l’administration. En effet, durant la période coloniale, le fonctionnaire faisait figure d’autorité, il était celui qui exerçait le pouvoir sur les administrés. Après les indépendances, peu de choses ont changé, la réussite est devenue assimilable à un poste dans l’administration avec un salaire pour assurer la stabilité financière et la garantie d’une retraite.

Pour plus d’un, entrepreneuriat est juste une activité annexe pour arrondir les fins de mois ou un métier provisoire dans l’attente d’un meilleur emploi dans le salariat. Le gout du risque, l’aventure entrepreneuriale ne sont pas une caractéristique de l’Afrique francophone surtout le Mali. La preuve, le système éducatif, si ce n’est ces dernières années, était destiné à produire des bureaucrates dont peu étaient orientés vers la formation professionnelle.

Il est aussi difficile pour nos entreprises de prospérer quand dans l’inconscient collectif, les produits importés sont bien meilleurs que les productions  locaux. L’absence de soutien familiale, les discours démotivants de l’entourage annihilent les quelques initiatives entrepreneuriales.

En 2016 Eulalie Dakouo avec deux  de ses amies avaient décidé de monter leur startup Tiketa, une plateforme web de vente de tickets divers. L’entreprise ne verra jamais le jour car ces initiateurs n’ont bénéficié ni d’un financement ni du soutien et du suffrage de leurs proches pour faire la transition du salarié a l’entrepreneuriat.

Le climat des affaires non favorables

Il est clair que entrepreneuriat prospère mieux avec l’accompagnement de l’Etat pour appuyer et  protéger les jeunes entreprises. Mais il y a  peu de politiques adaptées aux spécificités et réalités des nouvelles entreprises à fort potentiel pour les soutenir, protéger, promouvoir.

La corruption, la lourdeur et la lenteur du service administratif handicapent les entrepreneurs  dans leur quête de croissance. Sans relation ou sans avoir donné des dessous de table, il est très difficile d’obtenir de simples documents dont la délivrance, en temps normal, est gratuite et rapide.

Les banques ne financent qu’à des taux de bénéfice élevés 8% et demandent des garanties qui ne sont toujours pas à la portée des startupeurs. Alors les entrepreneurs doivent miser sur leurs propres fonds ou tenter leurs chances dans les quelques concours pour espérer des prix, des financements.

Fousseni Dembélé est un jeune entrepreneur, il est à l’initiative de Ewaati une application de suivi et de gestion du personnel dans une entreprise.  Sur fond propre il a lancé son business à hauteur de 2 millions.  Et a besoin de 15 millions F Cfa comme fonds de développement. Cette startup prometteuse à défaut de l’appui des structures de financement ne pourra compter que sur elle-même.

L’insécurité grandissante au Nord et au Centre du pays ne n’encourage pas les investisseurs nuit a l’économie national, car il n’y a prospérité que dans la paix l’accalmie et la sécurité.

Malgré tous ces défis, le Mali est un pays où tout reste à faire, que ce soit dans l’agriculture, les technologies, l’éducation, la santé…
Au rythme de l’évolution du pays et de l’enthousiasme des jeunes pour l’auto-emploi, on peut dire que l’entrepreneuriat au Mali a de beaux jours devant lui, parce que malgré les enclaves, certains jeunes arrivent à s’en sortir et à montrer le fil d’Ariane. Et aussi parce que les défis ne sont rien d’autre que des opportunités à saisir.

 

Ousmane Makaveli

Leave a comment